Tant dans l'esprit que dans le c½ur
Le temps nous fait grandir.
Mais il fournit bien des douleurs
Pour enfin nous détruire...
Car de la vie, si belle maladie,
Nous devons tous mourir.
J'ai attrapé la vie
Un après-midi d'hiver,
Je n'en serai jamais guéri
Comme chacun de mes frères.
J'irai peut-être au paradis
Ou en enfer...
Je ne sais plus avec ce que l'on dit
Qui a raison ou qui a tort de nous faire.
J'ai attrapé la haine
Un soir d'orage,
Une pluie diluvienne
Et j'ai du finir à la nage,
Jusqu'au devant de la scène,
Sans même penser tourner la page
Où j'avais cru m'ouvrir les veines
Et faire rougir les blancs nuages.
J'ai attrapé la rage
Un jour de peine.
Parce que les hommes sont les sauvages
Qui ont su dévaster les plaines
Et implanter sur les rivages
Tant de soldats sourds aux sirènes,
Comme ils ont du sur tant de plages
Aider à s'échouer les baleines.
J'ai attrapé l'amour
Un matin d'espoir !
Car j'ai vu tant de jour
Dans ses grands yeux si noirs,
Qu'à attendre mon tour
Je n'osais plus y croire,
Mais pourtant son retour
N'avait rien d'illusoire.
J'ai attrapé l'espoir
Au regard de l'amour,
Ils n'étaient pas si noirs
Ces yeux bleus de toujours.
Noir, bleu, vert, un regard
Se passe de discours,
Comme caresses « dérisoires »
Sur sa peau de velours.
J'ai attrapé la peur
Une nuit sans lune
Et les étoiles ont pris mon c½ur
Qui ne battait rien que pour l'une
De ces étranges lueurs
Qui éclairaient si fort mes terribles lacunes
A séduire cette fleur
Au sommet de ma dune.
J'ai attrapé chacune
De ses feuilles de bonheur
Sans la moindre rancune.
Malgré tous nos malheurs,
Ses pétales couleur prune
Ont su guérir mes heurts
Là, au creux d'une lagune
Où se versaient mes pleurs.
J'ai attrapé la vie,
La haine, la rage,
L'amour, la peur
Et cette touche d'espoir,
La famille les amis,
Depuis mon plus jeune age
Ce que j'ai dans le c½ur
Je le garde en mémoire.